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Ces deux expressions sont aujourd'hui employées, « gaillardement » entre copains, sans aucune connotation péjorative, pour désigner les Français nés en métropole ou en Algérie, avant l'indépendance.

Le terme « Pied-noirs » comme celui de « Patos » n'ont commencé à être employé, couramment, qu'après le début de la guerre d'Algérie. Ils furent tous deux, au début, utilisé de manière péjorative.

Mais ceux que l'on qualifiait de « 
Pied-noirs », au lieu de rejeter ce terme le reprirent à leur compte en rajoutant souvent à la suite « et fier de l'être », puis par riposte, utilisèrent le terme « Patos », pour désigner les Français métropolitains arrivant en Algérie.

Pour les Français d'Algérie,

Un Espagnol était un « Étourneau » car cet oiseau raffole des olives, comme les Espagnoles.
Un Italien était un « Macaroni » car il mange beaucoup de pattes.
Un Américain était un « Amerloc »
Un métropolitain lui, pouvait être un « Francaoui », « Frangaoui » ou un « Français de France ».

Pour les Arabo-berbères tous étaient des « Roumis » (infidèles
).

Si l'origine du mot « Patos » est semble-t-il établie :

Au début ce terme s'appliquait aux Français métropolitains arrivant en Algérie, donc des nouveau débarqués, des bleus, des pieds tendres comme dirait Lucky Luke, et Patos en Espagnol désigne un canard et sa démarche « lourdaude. »  Par la suite ce terme a été appliqué à tous les Français métropolitains.

Par contre l'origine de l'expression « Pied-noirs » n'est pas clairement définie et on peut en citer plusieurs.

- Les soldats français qui débarquèrent en 1830 portaient des brodequins noirs, ils avaient donc les pieds noirs, alors que les Turcs et les Arabo-berbères étaient nu pieds ou chaussés de babouches très colorées.

- Les premiers colons travaillant dans la boue noire des marécages de la Mitidja ressortaient avec les pieds noirs.

- Les premiers colons qui plantèrent de la vigne foulaient, le raisin aux pieds et lorsqu'ils sortaient des cuves, ils avaient les pieds teintés de sombre par le raisin.

- En novembre 1942 les troupes Américaines, nouvellement débarquées en Algérie, auraient assimilé les Français d'Algérie aux indiens « Black-feet » (Pieds noirs), en voie de disparition en Amérique.

- Une autre hypothèse, qui se serait passé à Boufarick : Après le débarquement Anglo-américain du 8 novembre 1942, et à l'occasion des cérémonies de l'armistice du 11 novembre 1918, auxquelles assistait, le Général Clarck, commandant le 8° Division blindée Américaine, le  célèbre général, après avoir constater le travail qu'avaient effectué les Français sur cette terre, ( la transformation du marécage en terre fertile, les vignobles, les orangeraies, etc…)
avait prononcé ces mots : « you are pioneers »(vous êtes des Pionniers), et la prononciation de « Pioneer » en Américain est très proche de « piednoir ».

Ors le terme « Pied-noirs » n'existe pas dans la tradition orale Arabo-berbère et de plus, il n'aurais pas, de ces faits, une origine péjorative.

  - Autre explication, plutôt fantaisiste, l'expression viendrait de la déformation de « peignoir » dont beaucoup de femmes, étaient vêtues le matin en hiver.

- Une moisissure le champignon « pied noir » joue un rôle dans la fonte de semis.  On observe, au collet et à la base des tiges des plantules malades, des plages nécrotiques, parfois ponctuées de noir (pycnides) qui évoluent vers une nécrose et une pourriture brune chez les plantes adultes.  (peu probable)

- Les chauffeurs et soutiers dans les bateaux à vapeurs étaient traités de « pieds noirs, » car ils étaient indésirable dans les parties nobles du bateau, c'était donc des « parias ». Cette explication est très plausible.

- Un oiseau, le Pieds-noirs ou « Ped negre », est un petit passereau migrateur, grand chasseur d'insecte qui émigre de France vers l'Afrique du Nord, à l'automne. Plausible ! Mais pas péjoratif.

- Une autre explication animale, le "Furet Pieds-noirs » (
Mustela nigripes) autrefois appelé "Putois pieds-noirs".

Les Pied-noirds, « soutiers des vapeurs », correspondraient bien à ce que les « inventeurs » de ce terme voulaient, car ils employaient ce nom avec dédain et mépris, considérant les Français d'Algérie comme des « moins que rien », des parias comme les soutiers, indésirables dans les parties « nobles » des bateaux, ou alors comme des « Blaireaux » et blaireaux, furets ou putois c'est un peu des cousins non !!.

D'autres Explications en forme de poème

Maintenon, y a des choses que tu peux pas les dire,
Des mots que comme insultes, oualou, y'a pas plus pire !
Appelle un, n'importe où, négro, youpin, bicot,
La police, le procès y z'arrivent aussitôt !
Y'a les ligues qu'elle défilent et tout l'monde y s'déchaîne !
La honte elle est sur toi, t'y es bon comme la romaine !
A côté d'ça, t'y a le droit, même c'est recommandé
D'appeler « pied-noir » un qui t'a rien d'mandé !
S'plique moi la différence, aousqu'elle est l'astuce ?
Sauf qu'pour noyer son chien, on dit qu'il a des puces…
Suppose qu'les marseillais on s'les nomme « blague à mort »,
Les bretons « tête de mule », « Bazouk » les gens du nord,
Les parisiens « gros bec », les auvergnats « rapia »,
Les toulousains « saucisse », les corses « vendetta »,
Quel beau sac d'embrouilles pour parler des Français !
Combien de tchaklalas pour combien de procès…
Au sujet des Pieds-noirs, rapport à l'étiquette,
Y'en a qui z'ont sarché, y z'ont fait des enquêtes
Qu'on dirait le concours du tchalef le plus gros !!!
Personne y peut prouver ça qu'y disent, ces falsos…
Un, il accuse les zouaves, les « pieds-noirs » pleins d'la boue…

Un aut', y s'leur répond « c'est à dormir debout » !!!
« Moi, j'dis que les raisins que les pieds y z'écrasent
S'les sont peints en noir… Pas la peine d'faire des phrases !!!

Embrouillounes que vous êtes, un troisième il ajoute :
C'est rapport au charbon des marins dans la soute,
Que, bessif, les pieds noirs y z'avaient quand y sortent…
Personne y peut m'enl'ver cette preuve que j'apporte !
On était tous babaos à s'poser des questions
Quand d'un coup y'en a un qui lance sa solution :

On descend d'Amérique, des tribus, des indiens,
De ceuss qu'on a chassé, nous aut'es comme des chiens…
On s'les appelait « blackfeet », peignaient leurs pieds en noir,
Tribus comme « œil de lynx », « sioux » ou « faucons noirs »…

Je ne trancherai pas parmi ces hypothèses,
Il n'y a pas matière à présenter une thèse.
Ce pseudo sobriquet, vulgaire, péjoratif,
Quelque soit l'employeur, la raison, l'objectif,
Nous fut attribué pendant l'Indépendance
Par un large consensus du mépris de la France…
Afin d'édulcorer ce terme peu flatteur,
Certains se plaisent à dire qu'il n'est pas réducteur…

Pourtant traiter quelqu'un de « pied » ou « d'imbécile »
Est d'une équivalence ni fortuite, ni subtile…

Le « noir » incarne le deuil, l'obscurité, la crasse
Et conforte l'anathème, l'injure, la disgrâce...

Mais ces vains subterfuges nous laissent convaincus
Que « Pieds-noirs », à dessein, synonyme de « vaincus »,
Est ce terme foncier que la France affectionne
Distillant le venin que l'hypocrisie donne…

Ces manœuvres mesquines, misérables et sans gloire
Ne parviendront jamais à falsifier « L'Histoire »…
Les français d'Algérie quelle qu'en soit l'origine
Ont des critères palpables, des vertus synonymes
De vaillance, de courage. Du fond de leurs entrailles,
Issus des bâtisseurs et des champs de bataille,
Contre vents et marées, ils ont pourvu la France
D'une œuvre colossale jusqu'à… l'Indépendance …

Etienne-Pierre MUVIEN

VOUS AVEZ DIT « PIEDNOIRS »
Les fameuses bottes noires de la conquête Pourquoi ce sobriquet ? Le savez-vous, vraiment?
Source PNHA n°  97,  de janvier 1999



Ce mot fusa dès que la presse s'intéressa à nous(1)'. Recevant en cadeau ce méchant quolibet, sorti l'on ne sait d'où, nous l'avons supporté, faute d'avoir trouvé notre emblème national en ce pays radieux qui vit naître nos pères, souvent même nos aïeux !
     Après l'avalanche de coups d'où nous sortions, coups arabes, coups français, en pleine révolution, groggy comme un boxeur relevé du K.O, nous n'avions d'autre choix que résignation !
     Il faut dire que nous n'étions pas en odeur de sainteté. Le Pouvoir avait préparé le terrain aux anciens libérateurs des Armées d'Afrique !(2) Ses sbires avaient pour ordre de "bouffer du Pieds-Noirs". Cela passait mieux que tuer du Français (d'Algérie)... Après les exécuteurs de hautes oeuvres dits barbouzes, les centres de torture d'Hussein-Dey et d'ailleurs (pour PiedsNoirs ceux-là, mis au point aussi par les gouvernementaux et non la population), les fusillades et tueries d'enfants sortis sur leur balcon, échappant à leur mère, insouciants du couvre-feu diurne. A cette Saint-Barthélémy, il manquait l'estocade de l'arrivée.
     Hurlant avec les loups selon leur habitude, les médias ne pouvaient en s'agissant de Nous, qu'utiliser un terme générique disponible, dans la couleur du temps, noir et ironique. Fallait-il qu'à ce moment l'on se garde d'être bienveillant ! Il faut au moins les renier, avant de tuer ses enfants.
     Dans le contexte d'époque l'expression "Pieds-Noirs" ne voulait rien dire(3)",en ce qui nous concerne... On a tenté de lui donner du sens en l'attribuant aux Arabes, qui nous auraient nommés ainsi en évoquant les chaussures noires des soldats de l'Armée Bugeaud ? La pilule est passée, noyée dans la débâcle de gens qui avaient d'autres sujets de réflexion ! Nous attendons toujours qu'un chercheur ou un arabisant nous apporte la ou les sources attestant qu'elle était connue et utilisée, du moment de la conquête jusqu'aux "évènements", cette version "chaussures des premiers soldats".
     Pour désarticuler cette expression "Pieds-Noirs", inconnue jusque là de la communauté. algérienne de toutes origines, commençons par en séparer les deux éléments.
     Pied : l'on connaît bien sûr, "travailler comme un pied, être bête comme ses pieds", mais encore ?
     En quatre pages et demie, Littré nous propose, évoquant l'état d'une personne : "être sur un grand pied, sur un bon pied, avoir un certain pied, se mettre sur un tel pied avec quelqu'un" etc…
     Noir : Quant à lui, ne prend que deux pages du même dictionnaire, bourré de négatif comme "crasseux, méchant, mauvais, qui fait frissonner, funeste, qui excite une sorte de terreur".
     Pieds... et... noirs de surcroît ! Il y a redondance, dans le négatif !
     Nous avons donc l'état, le genre mauvais, méchant, crasseux, effrayant ! Exagération dans la perfidie.
     Toujours dans le même ouvrage, le substantif "Pied-Bleu" : "Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan, (Larchey)".
     C'est certainement là que le premier journaliste a trouvé, en partie, l'idée de son sarcasme, dénué ici de toute interprétation
favorable, concernant déjà le membre inférieur. Nous trouverons plus loin, son autre repère et l'expliciterons…
     Ce choix n'est en tout cas qu'une hypocrisie, très mal perçue par ses destinataires,une courbette au régime, un manque de gentillesse envers des compatriotes malheureux ! On aurait pu nous trouver, après ce désastre, un nom neutre ou plus généreux, qui se rapporte à nous, peu ou prou.
     Les Fritz, les Bronzés, les Ch'timis, les Bougnats, les Noirs, les jaunes, les Peaux-Rouges, les Pygmées sont des surnoms qui veulent dire quelque chose et leurs victimes pourraient s'y reconnaître. "Pieds-Noirs" nous ? Pourquoi ? Que va-t-on chercher là ? Combien de ces braves gens naïfs se sont déchaussés pour montrer leurs pieds blancs !
     Quand le vent a tourné, quand notre Algérie conquise sur sables et marais, n'est plus la Côte d'Azur pour les désargentés, quand les impressionnistes ont rempli leur palette de mer bleue, de palmiers, de soleil, de moukères nu-tête... nous n'étions plus bons qu'à jeter aux orties, au ghetto des sans-race, comme des pestiférés. Seuls nos étrangers utilisaient ce nom, détesté par celui qui le recevait. D'anciens Français de France, depuis plus de 40 ans chez nous, fuyaient notre contact de peur d'être gangrenés. Un juif d'Algérie, oubliant dans sa peur sa francisation de 1870, s'est défendu aussi "Nous étions ici avant vous, nous ne sommes pas des "Pieds-Noirs". Ceux qui étaient partis avant la tourmente, osant renier leur race, source "d'embêtements", affirment sans complexe : "Nous étions en France avant les évènements", ou encore "Nous sommes ici depuis longtemps", comptant ainsi s'exclure de la condition "Pieds-Noirs", dégradante à leurs yeux ?
     Amplifiant la césure cherchée du terroriste, le système coupe en deux l'ensemble algérianiste. Les amis de la veille deviennent ennemis, écartent l'étoile jaune des nouveaux condamnés. Quelles conditions donc, fallait-il remplir, pour mériter cette punition ? Ainsi dans une famille, l'un des
fils est "Pieds-Noirs" et l'autre ne l'est pas, suivant qu'il soit né ici ou là-bas ? Une règle informelle nous contamine ou pas et "baudets" de la fable, on nous montre du doigt !
     Fallait-il être de ceux qui souffrent le martyre, ont été torturés, entassés en bateau ? Dans un commun accord, Fellouzes, Barbouzes, Français ont bouffé du "Pieds Noirs", Dieu triera les siens, la France non... Quelle marque uniforme aurions-nous portée, en ce pays sans nation, vacant depuis les Romains, qui en avaient fait "la plus riche contrée agricole de l'Occident". Désertifiée par les moutons et les chameaux de Maures nomades, cette contrée ne servait que de base portuaire pour les pirates Turco-Barbaresques. Les Basques, les Bretons avaient trouvé la leur, plus près de nous les Corses ont choisi "une tête de Maure aux yeux bandés" très significative du sort qu'ils réservaient aux envahisseurs africains.
     Les Européens naturalisés automatiquement depuis 1889, insatisfaits des incertitudes de la France quant à leur avenir, étaient tentés par une séparation, envisageant même une Sécession(4) de la part des Latins en général, Italiens et Espagnols ; tandis que les Autochtones, abandonnés par les Turcs, renonçaient dès 1900 à l'espoir d'un "mahdi", sorte de Messie qui les prendrait en charge. Quelques Chefs de tribu essayaient ça et là, puis Ferhat Abbas, député franco-algérianno-arabe, demandait, pour ses coreligionnaires, l'intégration complète dans la nationalité française, puis depuis le refus vers 1930, songeait à une nation algérienne, non sans avoir déclaré : "J'ai cherché l'Algérie (5) dans les cimetières, je ne l'ai jamais trouvée (6)".
     L'administration a choisi, pour désigner les Français d'Indochine, de Syrie, de Tunisie et du Maroc, le terme de Rapatriés d'Outremer. C'était acceptable parce que ces malheureuses personnes déplacées venaient d'un Ailleurs où notre présence n'était que provisoire.
     Pour l'Algérie c'était différent. Successivement les gouvernements avaient déclaré solennellement qu'elle faisait partie intégrante de la France. Administrativement elle était composée de départements français. Les habitants possédaient tous la nationalité française et le droit de vote (In extremis lorsqu'il était trop tard)... La France devait être indivisible de Dunkerque à Tamanrasset !
     Abstraitement : pour tous ces Français (d'origine ou d'adoption) la Patrie était indubitablement la FRANCE. Ce mythe, entretenu par nos éducateurs, est exacerbé par le fait qu'il est lointain, inaccessible. Pour ces petites gens constituant la majorité de la population, les Français de France représentent la race supérieure, ceux qu'on trouve le plus souvent dans l'encadrement, l'école, l'armée, l'administration ou l'entreprise importante. Le français parle avec l'accent et se moque de notre pataouète, on parle d'égalité au moment des guerres européennes. Le casque militaire va aussi bien aux chéchias, aux casquettes qu'au béret franchouillard. Parce qu'appartenant à un peuple cosmopolite, comme tous les polyglottes, nous avons inventé un jargon, le sabir, où chacun a conservé ses expressions idiomatiques.

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